Devenir formateur ou formatrice en écriture audiovisuelle

29 avril 2026

Apprendre à accompagner des public émergents dans le cadre d’un atelier d’écriture collaborative, s’apprend ! Voici l’interview de Louise Barnathan.

  • Qu’est-ce qui t’a conduite à devenir formatrice spécialisée en écriture ?

L.B : Dans mon parcours professionnel, et bien avant S Comme Scénario, j’ai toujours été connectée d’une manière ou d’une autre à la formation et à la pédagogie, car en tant qu’ex directrice littéraire et productrice, j’ai beaucoup accompagné des auteurs, y compris émergents. Quand on faisait appel à moi (le Master de la Sorbonne, le CEEA, Travelling…), j’étais toujours ravie de transmettre mon métier et ma façon de le pratiquer : ces métiers étaient très connectés à l’écriture, au management des auteurs, à l’analyse du récit. Donc c’est assez logique, quelque part, d’en arriver à proposer une formation qui s’appelle aujourd’hui « Devenir formateur en écriture ». Il y a une sorte de boucle qui se referme.

  • Peux-tu me raconter plus précisément comment est née l’idée de cette formation ?

L.B : L’idée est venue d’une demande du CNC, plus précisément Virginie Risch du département Éducation à l’image. Ils voulaient qu’on accompagne les encadrants du défi « Écrire ta série », un concours national où des collégiens et lycéens de toute la France écrivent ensemble un projet de série. Christel Gonnard et Pauline Rocafull m’ont proposé de participer à la réflexion et à la construction pédagogique de cet accompagnement. On a créé un plan de formation sur deux jours, et on s’est rendu compte qu’on pouvait en faire une version plus large, pas seulement destinée à l’accompagnement d’auteurs très jeunes, mais aussi à des auteurs émergents ou confirmés souhaitant encadrer d’autres auteurs. Ce qui est intéressant, c’est qu’on s’est rendu compte que cette formation était une sorte de mise en abyme : je transmets des outils et des méthodes à des formateurs, qui vont eux-mêmes transmettre. Les exercices qu’on fait peuvent être réutilisés avec leurs propres apprenants. C’est presque kafkaïen.

  • Comment résumerais-tu la promesse principale de cette formation ?

L.B :  C’est d’avoir un condensé d’outils pratiques et théoriques pour développer ses propres séquences pédagogiques avec des apprenants auteurs. En deux jours on leur propose à la fois des automatismes de construction du récit, la recherche de ressources, les outils de dramaturgie fondamentaux, mais aussi tous les outils méthodologiques dont ils auront besoin pour pouvoir construire un plan pédagogique avec leurs futurs apprenants (dont ils doivent bien comprendre les profils), : la méthode de travail collectif la plus pertinente, la répartition des taches, les objectifs, les livrables. Il y a aussi des notions de psychologie à appréhender : qui on est en tant que formateur, ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas, qui sont les apprenants. On aborde les soft skills, le management, comment donner envie aux apprenants de suivre un programme, comment les amener à écrire ensemble. Cette formation n’est pas destinée à ceux qui veulent faire du script-doctoring seul, mais à ceux qui souhaitent animer des ateliers collectifs : en association culturelle, en institution, dans les écoles, en institut thérapeutique, ou encore en prison ! Les possibilités sont infinies, ce qui est commun, c’est le fait d’être dans une démarche collaborative.

  • Pour celles et ceux qui s’interrogent, faut-il avoir un projet précis d’atelier pour s’inscrire à ta formation ?

L.B : Non, pas du tout. Le fait de faire la formation donne des idées. J’essaye de créer un espace de partage d’expériences et comme il y a souvent des participants qui ont déjà encadré, c’est très stimulant et ça peut donner des idées pour inventer son propre projet, et aller démarcher sa mairie, une école d’art, une médiathèque, une association culturelle…

  • Durant ces deux jours, quelles approches pédagogiques tu mobilises pour transmettre tout cela ?

L.B : J’utilise principalement des méthodes expérientielles et heuristiques. L’objectif est d’être le moins possible dans le cours magistral, et le plus possible dans le partage d’expériences, l’application immédiate, la stimulation de l’imaginaire. On donne des notions de base qu’on applique tout de suite. On est très loin des méthodes académiques classiques.

  • Et pour toi, qu’est-ce qui fait un bon formateur ou une bonne formatrice en écriture ?

L.B : En amont, il faut évidemment une connaissance minimale de la dramaturgie audiovisuelle. Pas besoin d’être un expert et d’avoir des compétences en mécanique sérielle, mais un véritable intérêt, une véritable curiosité pour le langage filmique est fondamental. Après de manière générale, je pense qu’un bon formateur doit être capable de
construire un programme pédagogique en s’adaptant à son public et au contexte. C’est pourquoi je donne une cartographie d’outils pour que chacun puise dedans selon le temps, les contraintes, les dispositifs de leurs futurs ateliers. Par exemple, si tu fais un atelier en prison, tu n’as pas d’écran, seulement du papier, et ton public peut avoir besoin de temps pour se mettre à l’aise, prendre l’espace pour exprimer ses idées. Il faut donc savoir anticiper, s’adapter, observer, prendre du recul sur soi et sur les autres.
Préparer une formation d’écriture, c’est comme un tournage : plus tu prépares, mieux tu te portes le jour J. On manque toujours de temps, donc il faut connaître ses apprenants, leurs attentes, leurs connaissances, et savoir jongler entre le fait que les élèves devront à la fois être connectées à leurs émotions, et travailler en groupe… ce qui demande une vraie anticipation.

  • Tu as sans doute vu passer des profils très différents. Est-ce que tu aurais un exemple de participant ou de parcours qui t’a marquée ?

L.B : Il y a cette femme, venue du secteur médical, qui voulait créer un atelier d’écriture à l’hôpital. Elle n’avait pas de formation en écriture, mais était passionnée. Elle m’a envoyé un message très touchant à la fin, en me disant que ça l’avait inspirée, et même qu’elle avait changé de regard sur la fiction française. Ce genre de parcours est fréquent : des gens qui veulent encadrer un atelier dans un cadre scolaire, associatif, ou de santé, et qui trouvent dans la formation les moyens de le faire.

  • Si tu devais décrire le profil type de celles et ceux qui tirent le plus de bénéfice de cette formation, tu dirais quoi ?

L.B : Celles et ceux qui ont l’envie de partager leur plaisir d’écrire. Il ne s’agit pas d’être un expert, mais de créer un mouvement collectif, de faire émerger des idées, des imaginaires. Un des principes que j’utilise souvent est celui du « photolangage » : utiliser des images pour faire parler les gens, leurs émotions, leurs expériences, puis les faire aboutir à un début de récit. C’est simple, mais très puissant.

  • Et toi, en tant que formatrice : quelle émotion ou transformation tu espères faire naître chez les participants ?

L.B : La joie. Dans mon métier précédent de productrice, j’avais surtout des problèmes à résoudre, et c’est quelque chose que je veux inverser aujourd’hui. Et il y a un mot qui me définit depuis le début de ma carrière, dans tous les métiers que j’ai faits : la maïeutique. Je me vois comme une sage-femme des talents, mon métier c’est de les faire accoucher de leur histoire, de la meilleure manière possible. Et j’ai envie de donner à celles et ceux qui suivent ma formation de le devenir aussi.

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