Une interview de Phillipe Rouin.
Julie Leconte a plus de 20 ans d’expérience sur Plus belle la vie. Elle connaît les exigences de l’écriture d’une série quotidienne, des coulisses de sa fabrication jusqu’aux dialogues. Dans sa formation, elle transmet cette expertise tout en laissant une place essentielle à l’individualité et à l’originalité de chaque auteur.
La formation que tu dispenses pour S comme Scénario s’appelle « Écrire les dialogues d’une quotidienne : Plus Belle la vie, encore plus belle », qu’est-ce ça apporte à ton activité de scénariste ?
Dans une quotidienne comme « Plus belle la vie, encore plus belle » (PBLV), il y a une certaine régularité, qui, quand on la connait mal, peut donner l’impression d’un formatage. Mais quand on la regarde de plus près est une véritable force. Ce que j’aime dans cette formation, c’est d’aller à la rencontre des apprenants : leur parcours, leur richesse, leurs individualités qui viennent questionner et enrichir mon travail.
Concrètement, qu’est-ce qu’on apprend vraiment dans cette formation ?
J’explique comment se fabrique cette quotidienne, à travers tous les niveaux d’intervention sur l’écriture. Ensuite, je travaille plus spécifiquement sur la conception des dialogues, avec tout ce que PBLV exige. Sur une série quotidienne, il y a une nomenclature, des obligations de s’inscrire dans un cadre et des spécificités. C’est aussi quelque chose qu’il faut appréhender. Mais au final, cela reste universel. Les lois d’écriture sont les mêmes pour tout le monde.
Écrire les dialogues, c’est vraiment être au bout de la chaîne de création. Quand on vend un projet à une société de production, on n’est jamais 100% sûr d’aller jusqu’aux dialogues. Être en bout de chaîne, c’est assez rare.
Lors de cette formation, comment arrives-tu à gérer les diversités du public ?
Il s’agit de travailler sur un vecteur unique qui est PBLV. Pour faire cette formation, il faut connaître la série, lire les documents pédagogiques, afin d’être immédiatement opérationnel dès le premier jouer. Cela efface donc un peu les disparités, mais, en même temps, ces différences se ressentent dans le travail d’écriture de chaque participant(e). Pour résumer, tout le monde arrive avec le même niveau, mais chacun répond aux demandes avec ce qu’il est.
Est-ce qu’au cours de la formation tu sens un moment où il y a un déclic qui s’opère ?
Le principe de la formation, c’est : écrire tous les jours, le plus possible, puis d’être relu(e) par moi et les autres participants. Ça fonctionne comme pour tout scénariste. Plus on écrit, meilleur on est. C’est ce muscle de l’écriture qu’on sollicite, cisèle, affine… Donc, au fil de la formation, évidemment, il y a une progression sensible.
Pourquoi le monde a-t-il besoin d’histoires ?
La particularité de PBLV par rapport aux autres quotidiennes, est qu’elle s’inspire des sujets de société. Non seulement elle s’inscrit dans le réel et en fait écho, mais, en même temps, cela reste de la fiction. L’idée c’est de faire réfléchir les gens certes sur les sujets de société, mais pas seulement. C’est aussi de les faire rêver et les faire s’évader aussi. Est-ce que ça répond à l’universalité ? Oui, je le crois.
Supposons que je sois scénariste émergent, quel serait ton premier conseil ?
La première idée qui me vient, c’est la dramaturgie. Travaille ton idée et ton propos, de telle manière que la dramaturgie soit impeccable. Et, surtout, ne perds pas en route l’originalité, de ta personne, de ton écriture, du sujet… Attention au formatage systématique des produits qu’on nous propose à l’écran.
Quel est ton truc en plus ?
La longévité ? Avec plus de 20 ans de PBLV, à la fois sur la partie technique (15 ans à la coordination d’écriture) où, au début, il a fallu tout créer, inventer, travailler avec l’ensemble des interlocuteurs. Mais aussi sur les dialogues. C’est une richesse aujourd’hui pour les apprenants, d’avoir une vision d’ensemble sur la série. Et pour durer il faut être efficace. C’est cette économie que l’on apprend aussi. Quand j’écris sur d’autres projets, je suis très rigoureuse et je vais rapidement au cœur du sujet. On ne tergiverse pas 1000 ans sur une séquence ou une autre. On a une boîte à outils dans laquelle on pioche, avec une réactivité sûrement héritée de la quotidienne.
