Une interview de Phillipe Rouin.
Déborah Hassoun est scénariste et formatrice. Et elle défend une écriture qui allie singularité, émotion et compréhension du marché. Dans cette interview, elle revient sur la transmission, les nouveaux récits et son approche de l’écriture pour le jeune public.
Qu’est-ce que ça t’apporte d’être formatrice ?
Je vois ça comme un devoir de transmission. Un savoir, c’est bien. Le transmettre, c’est mieux. Et puis, ça me permet aussi de rester en contact avec des auteurs plus jeunes, avec des parcours différents du mien, d’échanger avec eux, aussi de sonder ce qui les intéresse…
Chacun a son background, sa formation initiale… comment t’arrives à gérer cette diversité de public ?
Tout dépend l’âge et l’expérience de vie. Quand ce sont des adultes, c’est hyper enrichissant pour la formation comme pour moi. Quand il s’agit d’étudiants très jeunes, le rapport à l’écriture est plus laborieux. Le public plus mûr a plus de recul, plus d’expérience de vie qui permet des échanges très riches et rend la construction des récits plus précise…
Pourquoi le monde a-t-il besoin d’histoires ?
De façon générale, je pense que le monde a besoin de divertissement, des divertissements qui nous font réfléchir sur notre monde. Et c’est là où la diversité des regards est importante pour construire de nouveaux récits. Car cela permet un point de vue sur la société plus multiple. Mon rôle de formatrice est de contribuer à accompagner ces nouvelles voix (qui n’existent pas toujours dans les fictions actuelles) à mettre en avant leur singularité.
Que dirais-tu à quelqu’un qui a envie de raconter son histoire pour la première fois ?
Je lui dirais d’écrire exactement ce qu’il veut, mais de ne pas oublier le marché. Qu’il adapte ce qu’il veut à un monde réel, aux usages, aux formats (Du podcast, du court, du long, de l’animation)… c’est excitant d’écrire, mais on s’inscrit tout de même dans une industrie, et c’est primordial de le prendre en compte… dès le départ. Ça évite beaucoup de perte d’énergie et de déceptions.
Tu as opéré la formation « Ecrire du Young adult » pour S comme scénario, peux-tu nous parler de ton approche ?
Ahahh… Le cœur du sujet, c’est : « comment fait-on pour parler d’un public en particulier en réussissant à être universel ? » J’essaye de les amener à ce résultat avec des exemples concrets mais aussi avec des exercices d’écriture seul et par petits groupes. Je m’appuie aussi sur des documents de travail des séries sur lesquelles j’ai travaillés, c’est des outils que l’on n’a pas l’habitude de partager : des pitchs, des séquenciers, des fils à fil, des plans de travail…
Sur Internet, on trouve à lire, au mieux, des scénarios déjà tournés, mais on trouve rarement ces documents intermédiaires (des synopsis, V0, des V1… des V7), qui sont très utiles et représentent le quotidien des scénaristes. Autre point que j’essaie de leur transmettre, c’est d’arriver à prendre un sujet très fort et de le mettre à hauteur d’adolescent. En somme, d’être au plus proche des émotions. Je leur apprends à équilibrer entre sujet de société profond et légèreté de traitement.
