Rencontrez notre formatrice, Lucie Trémolières

27 mars 2026

Une interview de Phillipe Rouin.

Scénariste et formatrice, Lucie Tremolières accompagne les auteurs dans une réflexion sur l’impact des enjeux environnementaux sur nos récits et notre manière d’écrire. Pour elle, intégrer l’écologie au scénario ne signifie pas brider la création, mais ouvrir de nouveaux imaginaires et interroger les histoires que nous voulons raconter aujourd’hui.

Tu es formatrice dans le cadre de la formation « Ecologie et scénario : de nouveaux récits sont possibles », pourquoi animer une formation dans ce domaine ? 

Découvrez la formation !

Cette formation est ancrée dans le réel et permet d’être confronté(e) à de multiples problèmes. Comment réduire l’impact d’un film dès l’histoire ? Comment pense-t-on notre métier dans le temps long ? On sait que dans 10 ans, le monde aura énormément changé, qu’il sera énormément transformé par les crises environnementales. Ces crises environnementales, liées à des questions de justice sociale, vont sans aucun doute impacter notre industrie. Comment fait-on pour la faire évoluer et continuer à y travailler ? C’est une formation indispensable car elle réunit plein de profils différents (qui ont cette problématique en tête) qui interviennent à différents moments de l’écriture d’un film ou d’une série.

Comment arrives-tu à gérer la diversité des publics ?

85 % des Français se sentent très concernés par le sujet environnemental, il n’y a pas ou peu de déni dans ce domaine, mais la plupart des apprenants ne se rendent pas compte qu’ils ont du pouvoir en tant que scénaristes, qu’ils peuvent agir à leur niveau. Au travers de cette formation, on leur donne les clefs pour appréhender les scénarios de manière différente. Ce n’est pas une checklist. L’idée n’est pas de brimer la liberté de création… C’est plutôt : comment écrire des récits pertinents pour notre époque ? Comment cette réalité environnementale change notre façon d’écrire ? Faut-il changer la dramaturgie ? Quels sont les thèmes sous-exploités dans la fiction ?

Réfléchir avec une approche Ecoprod, ça permet d’ouvrir les imaginaires et cela met aussi en exergue que l’on avait parfois des œillères sur certaines choses.

Ceci dit, j’ai parfois la question : « dis-moi comment je peux faire pour que mon film sauve le monde ? ». Je n’ai pas la réponse à ça…

Au cours de ces deux jours que compte cette formation, il y a t-il un point d’inflexion où les stagiaires passent un cap ? 

Dès le départ, ils sont dans la locomotive. En fait, au bout d’une heure, ils ont compris qu’il n’y a personne qui a envie de faire brûler le monde… L’idée c’est de sortir d’une posture où l’on se dit que l’on n’a pas le pouvoir… alors qu’on a mille manières de l’exercer.

Pourquoi le monde a-t-il besoin d’histoires ?

Moi, j’écris des comédies absurdes, donc dans ma tête, le monde n’a aucun sens. Alors, écrire sert peut-être à ordonner le monde ? Moi, je me dis souvent que les histoires, c’est une utopie où nos imaginaires vont tous se retrouver au même endroit. Au point de croisement, il y a peut-être une capacité à s’entendre ? Et l’écologie n’est pas très présente dans cet imaginaire commun, ou en tout cas on n’agit peu dessus.

Les Français sont-il précurseurs dans cette réflexion Ecoprod ? Ou s’agit-il d’une tendance qui touche plus largement l’Europe ? Le monde ?

Il y a tout un mouvement des « nouveaux récits », très fort en France, créé autour du festival Atmosphères, mais aussi plein d’autres initiatives, communautés et associations dont nous parlerons dans la formation. Le terrain, depuis une quinzaine d’années, est fertile, notamment grâce à tout ce qui s’est fait aussi sur les productions. C’est une question qui est désormais prégnante dans de nombreux pays. Il y a le Greenfilm; au Royaume-Uni, le Bafta Albert; aux États-Unis Sustainable Entertainment Alliance; Another way en Espagne, mais aussi en Afrique du Sud, au Bangladesh, au Québec…

Penser l’écologie dès le scénario, on est encore peu à le faire… C’est pour cela qu’il faut se former !

Une anecdote, un moment de solitude lors de la formation « Ecologie et scénario : de nouveaux récits sont possibles » ?

En Italie, un producteur m’alerte avec une emphase dramatique très italienne : « J’ai toujours cru que j’étais un créateur, en fait je viens de réaliser que j’étais un destructeur ». A la fin de la formation, il a pris conscience que le pouvoir de destruction du scénariste était finalement bien moindre que celui de (re-)création.

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