Les 5 compétences clés du métier de scénariste

5 mars 2026

Interview de Christel Gonnard

Être scénariste ne se résume pas à savoir écrire. C’est mobiliser un ensemble de compétences stratégiques : développer une idée originale, travailler en équipe, affiner et réécrire, expertiser des projets… et savoir porter et vendre son histoire.

 

  • Ta formation est particulièrement originale sur le marché car elle part du postulat qu’être scénariste ce n’est pas seulement savoir écrire, c’est maîtriser un écosystème complet de compétences. En quoi cette approche change-t-elle fondamentalement la manière dont on accompagne les scénaristes ?

C.G : Nous sommes auteurs : c’est notre statut, mais notre métier est celui de scénariste.

Nous travaillons pour le marché du récit audiovisuel et cinématographique. Il est donc essentiel que les scénaristes aspirants le comprennent et puissent – au-delà de la seule maîtrise de l’écriture – en appréhender tous les enjeux pour embrasser le métier à 360° : connaître le marché, savoir trouver des idées originales, savoir vendre ses projets, savoir lire et expertiser un projet, et savoir collaborer avec les autres (scénaristes, producteur,
réalisateur, etc).

  • La première compétence de la formation est « trouver son histoire ». Beaucoup pensent qu’écrire c’est « avoir une idée ». Quel est le vrai saut qualitatif que vous attendez d’ores et déjà d’un·e scénariste à ce stade ?

C.G : Une idée ne fait pas une histoire, une idée ne se protège pas. Elle est dite de « libre parcours ». Tout le monde peut avoir des idées.

Le saut qualitatif et quantitatif se situe dans la capacité de faire de cette idée, un projet original et puissant, en la développant sous forme d’un texte écrit, reflétant la personnalité de l’auteur.

Pour cela, il faut nourrir et entraîner son imaginaire. Quand je dis « nourrir», cela veut dire qu’au-delà d’une simple curiosité pour les récits, il faut -par exemple- creuser son sujet, faire de la recherche sur le terrain, etc. pour aller chercher l’anecdote, le récit incarné, etc., qui vont rendre cette idée universelle et singulière à la fois. Cela est valable pour un projet original comme pour un projet de commande.

  • Tu évoques ensuite “écrire en collaboration” comme compétence clé, ce qui présente l’écriture non plus comme un monologue mais comme un dialogue. Qu’est-ce qui change concrètement quand on passe de la posture du scénariste solitaire à celle du scénariste qui sait collaborer ? Et comment accompagnes-tu cette mutation ?

C.G : L’œuvre audiovisuelle est une œuvre de collaboration. Scénaristes, directeurs de collection ou d’écriture, réalisateur, producteur… Nous ne cessons de travailler avec eux. Il est donc essentiel de bien se connaître pour mieux collaborer.

Cela veut dire s’interroger sur son profil d’auteur et son profil de collaborateur. C’est comme dans une équipe de football : quelle serait notre place idéale ? Ainsi, quand elle est bien organisée, la collaboration booste la créativité, permet de sortir le scénariste de son isolement, aide à supporter ce temps souvent très long de développement et d’écriture de projet, et à se réjouir à plusieurs quand « ça marche ».

  • Quand vient la réécriture, on entre dans le dur : accepter de détruire, retravailler, et que le chemin va être long. Comment abordes-tu cette étape, à la fois sur le plan technique et sur celui, tout aussi crucial, de la posture mentale du/de la scénariste ?

C.G : L’écriture est un processus itératif. On ne va cesser de réécrire. Il faut se préparer à un marathon souvent assez long.

Pour éviter de s’épuiser, il est important de savoir où l’on va, car les chemins pour y arriver peuvent être variés.

Une astuce pour ne jamais perdre de vue la ligne d’arrivée : se raconter tous les jours son histoire. Il faut aussi savoir prioriser : ce qui est important dans l’histoire, ce qu’on ne veut pas lâcher, et ce qu’on peut abandonner. Il faut aussi parfois savoir mettre de côté un projet. Il ressortira peut-être un jour, plus tard.

  • La quatrième compétence est très étonnante « Expertiser et faire des retours » car elle peut sembler contre-intuitive quand on débute. Pourquoi apprendre à lire les autres est-il si structurant pour écrire mieux soi-même, et comment cette compétence modifie la manière d’aborder son propre scénario ?

C.G : J’ai souvent dit à mes enfants que lire et écrire sont les deux faces d’une même médaille. On apprend et on aime écrire, parce qu’on a aussi appris à lire, et vice-versa.

C’est la même chose en scénario : lire et analyser le scénario des autres est la meilleure école pour apprendre à écrire un scénario.

On aborde la dramaturgie, le découpage en séquence, les dialogues, l’intention de l’auteur, etc. tout en partageant un récit.

Être lecteur de scénario chez un producteur, pour une commission d’aide à l’écriture, un festival, etc. – au-delà d’une source de revenus – est une excellente école d’écriture qui nous permet aussi de découvrir les « tendances » : les sujets qui traversent l’imaginaire collectif du moment.

  • Pour revenir à la psychologie, on est en plein dedans avec la dernière compétence, vendre son projet et se constituer un réseau. Quel est le principal frein que tu observes lors de cette étape pour les scénaristes en devenir, et comment la formation les aide-t-elle à le dépasser ?

C.G : Le milieu de l’audiovisuel et du cinéma est assez fermé pour les nouveaux entrants qui n’auraient pas de contacts directs avec celui-ci. On ne trouve aucune annonce d’emploi pour scénariste par exemple. Toute embauche se fait par cooptation, ou par le biais des agents qui représentent les scénaristes.

Tout comme il est important de connaître le marché pour lequel on écrit, il est donc essentiel – pour les scénaristes émergents – de connaitre la cartographie des producteurs, afin de ne pas s’épuiser à envoyer son projet à tous les producteurs. Il est aussi essentiel de se rendre en festival, d’intégrer un collectif de scénaristes, etc. afin de se constituer un réseau. En terme de posture, il est fondamental de se mettre dans la
position d’un prestataire, d’un partenaire et non pas d’un élève qui rend sa copie et redoute le stylo rouge. Cela peut sembler évident mais c’est important de le souligner.

  • Et pour finir : concrètement, qu’est-ce qui change chez un·e scénariste après avoir suivi cette formation ?

C.G : Sa vision du métier. Scénariste, ce n’est pas juste écrire son histoire, chez soi, seul et galérer à vendre son projet. Ce sont ces 5 compétences auxquelles nous formons les stagiaires, mais c’est aussi et surtout, s’inscrire dans une industrie du récit qu’il s’agit de connaître, pour avoir toutes ses chances d’y travailler.

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